Memorandum 2019 - introduction et constats

INTRODUCTION

La réforme de l’enseignement obligatoire francophone, initiée en 2015, est basée sur un consensus inédit entre les acteurs de l’enseignement (parents, pouvoirs organisateurs et enseignants). Ceux-ci ont pris la mesure des difficultés et des défis via un diagnostic approfondi, de larges consultations et un plan d’actions adressant de nombreuses dimensions, associé à une trajectoire budgétaire. Pour la première fois, une feuille de route commune dessine un plan d’actions volontariste et systématique sur plusieurs législatures.

L’agenda1 de cette réforme en cours est jusqu’à présent respecté.

Si l’on peut légitimement attendre des changements rapides dans l’enseignement obligatoire -et notamment l’enseignement qualifiant- pour renforcer les compétences des élèves et par là la compétitivité de notre économie, il faut par ailleurs convenir d’une part qu’une réforme systémique nécessite du temps et, d’autre part, qu’un ordre logique (notamment du fondamental vers le secondaire, puis du tronc commun à l’enseignement qualifiant) s’impose. Le corollaire est d’inscrire ce plan sur plusieurs législatures, sans opérer de revirements qui remettraient en cause la cohérence de l’ensemble. En outre, une telle réforme nécessite du temps pour faire évoluer les savoirs et compétences des enseignants, et adapter les structures.

Pour autant, des optimisations doivent rester possibles à l’intérieur des grands équilibres atteints.

La Fondation pour l’Enseignement met en évidence la nécessité de poursuivre, concrétiser et accélérer, là où cela est nécessaire, une série d’orientations prises par les acteurs (Avis numéro 3, avril 2017). Des propositions sont faites, faisant l’objet d’un consensus au sein de son Conseil d’Administration, qui fédère la vision des représentants des employeurs de l’école et de l’entreprise, en Wallonie et à Bruxelles.

Ces propositions s’articulent autour des chantiers stratégiques de la Fondation pour l’Enseignement, entamés voici cinq ans: revaloriser l’élève dans l’enseignement qualifiant (notamment via la formation continue des enseignants en interaction avec l’entreprise) ; soutenir l’orientation positive en développant les bonnes postures (s’entreprendre, apprendre à apprendre), une information correcte sur les métiers et sur les STEM (Sciences, Technologies, Enginering, Mathematics), l’intégration optimale du numérique ; et soutenir pouvoirs organisateurs et directions d’écoles en encourageant les échanges de compétences écoles/entreprises dans le cadre de la nouvelle gouvernance.

Assurer la continuité, la cohérence et la concrétisation de cette réforme systémique dans les années à venir est une responsabilité collective de tous ceux qui seront appelés aux affaires. Il faut veiller pour cela à un maximum de rationalité dans les débats sur d’éventuelles modifications institutionnelles -notamment dans le cadre des compétences entre Fédération Wallonie-Bruxelles et Régions-, en proposant une vision durable.

Cette vision doit inclure une trajectoire budgétaire soutenable, prenant la juste mesure des nouvelles initiatives et des économies prévues dans le Pacte, mais aussi les besoins de refinancement, liés notamment à la réforme de la formation initiale des enseignants, dont il faut mieux évaluer les conséquences.
La Fondation pour l’Enseignement est disponible pour interagir avec les futurs responsables politiques, en vue d’analyse et d’actions concrètes, co-construites avec les acteurs écoles-entreprises, en dialogue avec tous les acteurs économiques, associatifs ou encore philanthropiques.

Olivier Remels
Administrateur délégué /Secrétaire général
Thierry Castagne
Président

1. Cet agenda peut être consulté en ligne : http://www.pactedexcellence.be/index.php/calendrier-de-mise-en-oeuvre/

CONSTATS

1 enfant sur 4 vit sous le seuil de pauvreté en Wallonie; 4 sur 10 à Bruxelles. 13% des 18-24 ans1 sont hors de tout système. Le chômage des jeunes reste à des niveaux préoccupants, proche des 30% dans certains bassins de vie.

La performance (qualité, équité et efficience) de l’école francophone est globalement insatisfaisante, malgré le travail remarquable de dizaines de milliers d’enseignants et de leurs directions. Les résultats sont hétérogènes (notamment de fortes disparités entre écoles selon leur indice socio-économique) :

résultats (PISA) sous la moyenne EU; taux de redoublement2 et coût élevés ;
échec scolaire et orientation vers l’enseignement qualifiant et spécialisé très corrélés au contexte socio-économique des élèves ;
déficits constatés dans les savoirs de base, compétences transversales et entrepreneuriales, éveil aux technologies (dont le numérique), lien avec le concret3 ;

L’enseignement obligatoire est confronté à une pénurie de personnels enseignants. Les enseignants sont en outre globalement trop déconnectés des réalités socio-économiques.
L’offre d’options et les contenus enseignés dans l’enseignement qualifiant ne sont pas assez en phase avec l’évolution des métiers (savoirs de base, savoir-faire et savoir-être) et les nouveaux savoirs/compétences, spécifiquement les Sciences, Technologies, Engineering, Mathématics (STEM)4.
Le paysage actuel de l’enseignement qualifiant manque de lisibilité. La pénurie de personnels qualifiés dans les entreprises freine leur croissance. Or, les besoins en personnel qualifié évoluent vite avec les nouvelles technologies5. Un enseignement de qualité est décisif pour assurer équité, cohésion sociale, innovation et prospérité économique6.

Retour au Memorandum


1. Neet’s : 20% à Bruxelles et 16% en Wallonie des jeunes sont hors de tout système.
2. 1 enfant sur 2 est en retard à 15 ans ; en section Professionnelle : 2 sur 3 ont +de 2 ans de retard (PISA 2015). Jusqu’à 3 ans d’écart entre les élèves issus d’écoles à indices socio-économiques faibles ou élevés.
3. Confirmés dans l’enquête UWE/BECI (février 2018).
4. Sur les 178 options (OBG) disponibles, 10 OBG les plus fréquentées (et trop peu dans les métiers en demande) scolarisent 48% des élèves, mais 108 scolarisent 7% des élèves. Un nombre significatif d’entre elles sont cependant des 7ème correspondant à des spécialisations souvent demandées par les entreprises.
5. Wallonie : 31 K emplois vacants en 2018 mais 220 K personnes en recherche d’un emploi. Emplois peu qualifiés : on passera de 18 à seulement 12% (entre 2015 et 2025, Cedefop).
6. OCDE ; EU-SILC 2009 ; SPF Economie ; TAHIB 2010; http://www.observatbru.be.


Les 6 recommandations de la Fondation pour L'Enseignement