Symposium « Education et formation en alternance », Palais d’Egmont, le 25 mai 2016

La Fondation pour l’enseignement a participé au symposium « Education et formation en alternance ». Celui-ci s’est déroulé le 25 mai dernier, à Bruxelles, sous les auspices du Palais royal. Il s’inscrivait dans la démarche informative de sa Majesté le Roi Philippe vis-à-vis des systèmes d’enseignement qualifiant allemands et de la Communauté germanophone.  Son objectif: créer une impulsion, pour contribuer à renforcer les synergies Ecole-Entreprise dans notre pays également.

1. L’alternance: la voie royale de l’enseignement qualifiant ?

Sa Majesté le Roi Philippe préside le SymposiumLe roi Philippe est préoccupé par la problématique de la formation des jeunes et de leur accès à l’emploi. Il l’a montré à l‘occasion de plusieurs rencontres, dans le pays et à l’étranger. En mars 2015, il témoignait ouvertement de son intérêt pour la formation en alternance au cours d’un voyage en Allemagne. Cette visite était destinée à mieux appréhender le modèle allemand de formation qualifiante, qui alterne au sein de chaque parcours les périodes d’enseignement (à l’école) et d’apprentissage (en entreprise). Et cela de manière particulièrement efficace.

Cette efficacité caractérise toute l’Europe germanique, y compris la Communauté germanophone de Belgique. Elle se mesure à l’aune du taux d’occupation des jeunes, nettement supérieur à celui d’autres parties de l’Europe. En Belgique, le taux de chômage des jeunes dépasse les 15 % de la zone OCDE. En ouvrant le symposium, le roi a souligné l’urgence de rénover l’alternance telle quelle est pratiquée chez nous. Une urgence qui transcende de loin la complexité de la tâche.

L’interaction Ecole-Entreprise

C’est en regard de cette urgence que le palais a réuni différents acteurs de l’enseignement, de la formation et de l’emploi dans le cadre de ce symposium. La Fondation pour l’enseignement en faisait partie. « Naturellement », serait-on tenté de rajouter, tant ses initiatives pour renforcer le lien entre l’Ecole et l’Entreprise participent de cette nécessité de baliser des itinéraires de formation plus adéquats, susceptibles de rencontrer les besoins des jeunes, des employeurs et, de manière plus large, de la société du 21e siècle.

« L’interaction école-entreprise est indispensable à la formation qualifiante, comment Olivier Remels,  Administrateur délégué de la Fondation, à l’issue du symposium. La forme de cette interaction doit être spécifique au métier visé et s’inscrire dans une démarche menant à l’excellence. Dans cette perspective, l’alternance s’avère être la meilleure formule pour beaucoup de métiers, à certains moments des parcours. Et elle doit être positionnée comme telle, et non pas comme une solution unique qui convient à toutes les situations, et certainement non plus comme une filière de relégation voire de la dernière chance, comme c’est encore trop souvent le cas en Belgique. C’est la position que nous avons développée à plusieurs reprises, notamment dans notre rapport sur l’enseignement qualifiant et c’est aussi la position qui prévaut dans le cadre des travaux en cours du Pacte pour un enseignement d’excellence. »

Collaboration, simplification, participation

Le Palais plaide pour un développement de l’alternance dans les filières qualifiantes. Le Roi est d’ailleurs entré dans l’échange de manière assez concrète en livrant trois ingrédients qu’il considère importants pour faire prendre la réforme de l’alternance.

Le premier, c’est la construction de ponts entre le monde de l’enseignement et de la formation d’une part et le monde de l’entreprise d’autre part. Car pour que l’alternance soit efficace, il ne suffit pas que les deux mondes s’y croisent. Ils doivent surtout se rencontrer, malgré la différence de culture. cela implique les entreprises, les syndicats, les chambres de commerce, les écoles, les centres de formation (publics et privés), les jeunes, leurs parents ...« Si nous voulons, à l’image de nos voisins allemands, élever l’enseignement et la formation en alternance à un niveau dexcellence, nous ne réussirons quen unissant nos forces, » a ajouté le roi.

Le deuxième, c’est la simplicité de la formule. Une allusion à peine voilée à la multiplicité actuelle des parcours. « Si nous voulons motiver les jeunes, les entreprises, les institutions denseignement et de formation à s’inscrire dans le système, celui-ci doit être lisible, compréhensible et attractif, » a-t-il précisé.

Le troisième, c’est faire venir l’initiative du terrain, et non pas organiser le système selon un schéma directif. Et le roi d’expliciter: « Mettre les professeurs en contact direct avec les entreprises de leur région. Inciter les entreprises et les écoles à coopérer de façon concrète au niveau local. Inviter les communes et les instituts de formation à faciliter cet échange et à s’inscrire dans le système. Voilà quelques pistes déjà mises en pratique ça-et-là et qui méritent, me semble-t-il, d’être approfondies. »

2. Synthèse des principaux échanges  : un grand besoin de simplicité et de valorisation

Que manque-t-il concrètement pour faire de la formation en alternance une filière attractive, qui puisse mobiliser les enseignants, les jeunes et les responsables d’entreprise? C’est la question qui a été posée dans les quatre ateliers du symposium. Trois groupes étaient centrés sur les publics concernés (les jeunes, les entreprises et les écoles) et un groupe sur la qualité.

Le symposium réunissait de nombreux acteurs ayant une expérience ou un projet à partager en matière d’alternance. Parmi les invités, des institutionnels, des syndicats, des jeunes, des enseignants, des chefs d’entreprises… Les sessions de travail, par groupe thématique, ont permis aux participants de s’informer, d’échanger, de parler de leurs initiatives et d’exprimer leurs attentes et leurs besoins. L’objectif était de mettre les initiatives dynamisantes en relief et, naturellement, d’entrevoir les moyens de jeter des ponts entre le monde de l’enseignement, de la formation et des entreprises.

Le groupe « Jeunes »

Le sujet, c’était l’attractivité de l’alternance pour les jeunes et leurs parents. Le problème vient de la position de l’alternance en tant que dernière étape du système de relégation. Il est donc essentiel d’opérer un changement de mentalités, en faisant connaître la capacité de cette filière à dispenser non seulement des savoirs spécifiques, mais également des savoirs transversaux, comme le travail en équipe, la communication, etc.

Les changements attendus par les jeunes et les parents:

  • Simplifier et centraliser le système.
  • Améliorer l’information précoce sur les métiers et sur les filières qui y mènent.
  • Instaurer une certification compréhensible, valorisante et reconnue.
  • Elargir des formules d’alternance à toutes les filières, y compris l’enseignement supérieur.
  • Elargir les matières dispensées, notamment en matière sociale et de développement personnel.
  • Inciter les entreprises à développer les emplois en alternance, par exemple en créant un label.

Le groupe « Entreprises », auquel la Fondation a participé

Ce groupe s’est notamment penché sur la manière d’inciter les entreprises et les indépendants à accueillir des jeunes en formation alternée. Un accent a été mis sur la communication, pour mettre en avant les avantages de cette participation pour les entreprises: repérer les talents avant qu’ils ne soient sur le marché, mettre les jeunes en phase avec les besoins opérationnels, dispenser des procédures qui ne sont pas enseignées à l’école.

Les changements attendus par les entreprises:

  • Poursuivre la simplification du système, également au niveau intercommunautaire.
  • Développer une offre de formations adaptée aux besoins locaux.
  • Impliquer les organisations sectorielles et leurs fonds.
  • Ouvrir des passerelles entre l’alternance et d’autres filières, par exemple l’enseignement supérieur.

Le groupe « Enseignement »

Une question centrale était la motivation du jeune, ou comment maintenir son attention sur les compétences qui ne peuvent êtres acquises qu’à l’école. La solution pourrait être de se baser davantage sur son expérience en entreprise. Pour cela, il faut multiplier les interactions entre profs et tuteurs, pour imbriquer les deux types de formation. L’exemple germanophone a été mis en avant, avec l’installation du centre de formation des entreprises (ZAWM) et de l’école technique et professionnelle (RSI) sur le même campus.

Les changements attendus par les écoles:

  • Créer plus de ponts entre la formation générale et la formation professionnelle.
  • Développer les compétences générales nécessaires (langues et sciences), aussi sur le lieu de travail.
  • Instaurer des stages en entreprises obligatoires pour les enseignants.
  • Tenir compte du caractère évolutif du niveau de maturité et d’autonomie des élèves.
  • Améliorer l’image de l’alternance au moyen d’une campagne nationale.

Le groupe « Qualité »

La qualité de la formation en alternance est l’élément clef qui va attirer les jeunes et inspirer la confiance des entreprises. Ce groupe a mis l’accent sur les bonnes performances de certains Cefa et centres de formations, qui ont réussi à développer un réseau qualitatif. De bonnes pratiques à généraliser.

Les changements attendus:

  • Impliquer les organisations sectorielles.
  • Faire évoluer l’offre et le contenu des formations en fonction des évolutions du marché du travail.
  • Améliorer l’image de l’alternance, mails aussi de tout l’enseignement qualifiant.
  • Permettre une mobilité des élèves entre les écoles et les centres de formation.

3. Belgique francophone: des progrès et des chantiers en cours

Un chantier bien avancé, mais encore inachevé. C’est en quelque sorte ce qu’on pouvait déduire des informations livrées par les ministres de l’emploi et de l’enseignement des trois régions. Car si la réforme de  2015 a déjà permis de simplifier et d’améliorer le cadre institutionnel de l’alternance en Belgique francophone (un processus poursuivant des objectifs comparables se déroule en Flandres), il faut encore animer les acteurs qui doivent concourir à en faire une filière de premier choix.

Faisons le point sur les avancées en Belgique francophone:

L’Offa - En 2008, les deux gouvernements régionaux et le gouvernement communautaire francophones créent l’Office Francophone de la Formation en Alternance (Offa). Cet organisme d’intérêt public a réellement été activé le 1er septembre 2015. Mission: piloter la formation en alternance dans toute la Belgique francophone, notamment en coordonnant et en harmonisant le travail des opérateurs historiques: les Cefa (enseignement), les Ifapme (classes moyennes wallonnes) et l’EFP-SFPME (classes moyennes bruxelloises). Son rôle est ainsi notamment de faire de l’alternance une filière d’excellence.

Le contrat commun - Mis en oeuvre par l’Offa, le contrat commun est entré en vigueur en septembre 2015. Il remplace en principe les contrats spécifiques à chaque opérateur historique (même si des contrats spécifiques coexistent encore actuellement). L’objectif est clairement de simplifier la vie des jeunes et des entreprises en établissant des règles uniques en matière de rétribution, d’horaires, de jours de congé, de prestations, de couverture sociale, d’assurances, etc.

Le plan de formation - Le plan de formation est lié au contrat commun et est donc entré en vigueur en septembre 2015. C’est en quelque sorte une convention à travers laquelle l’opérateur de formation et l’entreprise définissent clairement les compétences que le jeune doit acquérir et développer au sein de l’entreprise, et auquel est lié une niveau de rétribution.

L’agrément commun - Egalement entré en vigueur en septembre 2015, le système d’agrément de l’Offa remplace les agréments spécifiques à chaque opérateur. Les entreprises ne doivent donc plus solliciter qu’une fois leur agrément (du moins pour leurs apprenants francophones). Celui-ci établit les conditions minimales qui permettent à une entreprise de former des jeunes: disposer de l’organisation et de l’équipement nécessaires, respecter les règlementations en vigueur, compter un tuteur compétent parmi le personnel, etc.

Et plusieurs chantiers en cours

Plusieurs amélioration sont en cours d’élaboration et devraient être concrétisées dans un avenir proche:

La plateforme interactive - L’Offa met au point une plateforme internet destinée à gérer l’offre et la demande des places en entreprise. Autrement dit: permettre au jeune de trouver plus facilement l’entreprises qui est prête à l’accueillir…

Les profils métiers, de formation et de certification - L’élaboration des profils est actuellement en cours au sein du Service francophone des métiers et des qualifications (SFMQ). Son objectif est de définir, pour chaque métier, la liste des compétences à acquérir par l’apprenant et d’en déduire des référentiels, puis des profils de formation et de certification. C’est aussi sur base de ces profils « centralisés » que le plan de formation est élaboré. Il est donc essentiel que l’ensemble des profils soit complété et qu’il soit tenu à jour, cela avec la coopération indispensable de tous les acteurs. Le fonctionnement du SFMQ fait aussi partie des enjeux majeurs traités dans le cadre des travaux du Pacte d’Excellence…

L’offre de formations - Les instances de Bassin enseignement-formation-emploi (EFE) sont entrées en fonction en janvier 2015. Elles succèdent aux anciens comités subrégionaux de l’emploi et de la formation, dans des zones socioéconomiques plus cohérentes. Elles ont un rôle essentiel à jouer dans l’élaboration d’une offre de formations qualifiantes correspondant aux besoins de leur zone de compétence, mais aussi dans l’identification des métiers et domaines d’actions prioritaires et notamment, pour mieux connaître le potentiel  d’interactions entre écoles et entreprises en fonction du tissus socio-économique local…

Les incitants et les primes - La situation reste compliquée lorsqu’on touche aux incitants et primes, destinés aux entreprises et aux apprenants. Un travail d’harmonisation et de simplification est en cours.

Les certificats  - Chaque opérateur (enseignement et formation) a ses missions et ses spécificités propres. Selon que le jeune suit une filière Cefa ou une filière classe moyenne, il n’a pas accès aux mêmes diplômes. Une efforts d’harmonisation est en cours pour une équivalence des certificats de qualification, mais une réflexion doit se poursuivre pour développer plus avant en bonne intelligence les passerelles entre les opérateurs[1].

Le Pacte d’Excellence – les travaux du Pacte d’Excellence concerne également l’enseignement qualifiant où l’alternance est un sujet très important. Les réflexions menées sur l’alternance vise surtout, outre les conditions de sa mise en œuvre, à positionner ce mode d’apprentissage dans des parcours d’Excellence.

[1] Les Cefa confèrent les mêmes diplômes que l’enseignement de plein exercice. Les classes moyennes disposent de leur propre référentiel. Un travail est en cours au niveau de l’Offa pour uniformiser les certifications là ou cela est pertinent, ce qui facilitera leur reconnaissance.