Le tutorat: une remédiation active qui monte en puissance

A la veille du lancement d’un programme de tutorat ciblé sur les filières qualifiantes par Schola ULB, la Fondation pour l’enseignement attire l’attention sur cette forme de remédiation et sur un guide (édité par la Fondation BNP Paribas Fortis) disponible on-line, à l’heure où tout le monde s’accorde sur la nécessité d’intensifier la remédiation à l’école pour ne laisser aucun élève au bord de la route.

Le tutorat, qu’est-ce que c’est ?

Le tutorat est un soutien pédagogique gratuit apporté à un élève par un tuteur, lui-même étudiant dans la toute grande majorité des cas. Ce tuteur n’est pas un professionnel de l’enseignement. Idéalement, c’est le quasi-pair de l’élève: mêmes études, même milieu socioculturel, même génération… Cela facilite le processus d’identification, qui est une des clefs du succès d’un tutorat. Le tuteur a précédé l’élève dans son parcours scolaire. Il peut ainsi l’aider dans certaines matières, mais également le conseiller sur les savoir-faire et les savoir-être qui faciliteront ses études et ses stages. Il faut également souligner que le tutorat est un apprentissage mutuel: le tuteur, qui est lui-même un étudiant,  développe ses compétences pédagogiques. Cela le servira, même s’il ne se destine pas à l’enseignement. Car l’entreprise également a besoin de compétences en transmission de savoirs.

Le premier rempart contre le décrochage scolaire

« Renforcer la remédiation, c’est essentiel, explique Olivier Remels, Administrateur délégué de la Fondation pour l’Enseignement. Nous le recommandions déjà dans notre Mémorandum de 2014.  Le tutorat est un mode de remédiation qui mérite toute notre attention. Car en visant le long terme, le soutien du tuteur ne se limite pas à récupérer le retard causé par un moment de faiblesse : il contribue aussi à empêcher la répétition de ces épisodes dommageables. La remédiation est clairement le premier rempart contre le décrochage scolaire. C’est pour cette raison qu’il faut la développer, notamment via le tutorat, comme d’autres formes de remédiation à l’école, en s’adaptant aux difficultés souvent spécifiques aux publics rencontrés.»

Deux programmes importants

Il existe plusieurs programmes de tutorat scolaire en Belgique francophone. Les deux plus importants (quantitativement parlant) sont menés à l’initiative de deux pôles universitaires:

  • Le programme Tutorat de Schola ULB l’asbl de soutien scolaire de l’Université libre de Bruxelles (ULB).
  • Le projet Tutorat de transition, développé conjointement par l’Université catholique de Louvain (UCL) et l’Université de Namur (UNamur).

Les étudiants des ces institutions sont invités à apporter leur soutien à des élèves d’écoles des environs, généralement issus de milieux défavorisés. C’est une démarche sollicitée en tant qu’engagement citoyen. Elle donne juste droit à un défraiement. Elle fait en outre l’objet d’un suivi: les étudiants-tuteurs reçoivent une formation initiale pour remplir leur mission, et sont régulièrement évalués.

UCL-UNamur: assurer la transition vers les études supérieures

Le programme UCL-UNamur poursuit un objectif précis: préparer des élèves à la transition vers les études supérieures. A cela s’ajoute une ambition sociale: (r)établir une égalité dans l’acquisition des prérequis nécessaires à l’entrée en haute école ou à l’université. Raison pour laquelle il s’adresse aux écoles à discrimination positive. Une soixantaine d’étudiants en agrégation y participent en tant que tuteurs, et près de 150 élèves en bénéficient à Bruxelles, Namur et Jumet. Point de départ de ce tutorat: accompagné par un étudiant, l’élève s’auto-évalue en regard des prérequis. « A partir de là, c’est au cas par cas, explique Michaël Devilliers, chercheur au Service de pédagogie universitaire de l’UNamur, qui codirige le programme. L’élève qui en a besoin est dirigé vers la forme de remédiation la plus appropriée et c’est dans ce cadre que nous pouvons organiser un tutorat, avec nos étudiants.

Schola ULB: redevenir acteur de son orientation

L’ULB a lancé son programme Tutorat en 1989. C’est son asbl Schola ULB qui le développe depuis 2006, notamment en affinant des approches vers le primaire (2011) et, tout récemment, vers le qualifiant. Le programme occupe aujourd’hui 175 tuteurs, étudiants de l’ULB et de hautes écoles bruxelloises. Ceux-ci soutiennent 1 300 élèves, par petits groupes de 3 à 8, dans une cinquantaine d’écoles de la capitale. La demande est en augmentation. Schola ULB donne donc la priorité à certaines écoles, en fonction des élèves ciblés (milieux défavorisés), mais également en fonction de l’adhésion du corps professoral - pas question de s’engager dans un projet qui ne viendrait que de la direction, sous peine d’échec! Les étudiants tuteurs aussi font l’objet d’une sélection : maîtrise du français, capacité à gérer un groupe, patience, bienveillance. « Nous sommes surtout sollicités pour les matières générales, explique Claire Sourdin, coordinatrice de Schola ULB : 54 % de maths, 13 % de français, 12 % de néerlandais. Mais même pour les maths, le tuteur travaille principalement la méthode et le français. »

Le grand frère

« L’idée est de créer une rencontre avec un profil différent de l’enseignant, reprend Claire Sourdin. On repart à zéro avec quelqu’un qui a un regard et un parcours différents, qui lui aussi a hésité, a eu des échecs et peut en témoigner. Il transmet une matière, mais il transmet aussi des conseils, un vécu, une méthode. C’est important que ce soit un étudiant, qui a toujours un pied dedans et qui montre que c’est possible. » « Ce qu’on essaie de développer dans la relation tuteur-élève, c’est la notion de grand frère, poursuit Michaël Devilliers. Nous essayons toujours de désigner un tuteur qui fait les études que l’élève projette de faire. Ça donne toujours des tutorats qui prennent bien. Parce que c’est une démarche qui va toujours plus loin qu’un simple accompagnement dans la matière. »

Pédagogique, émotionnel et informatif

« Notre but est resté inchangé depuis le lancement du programme, continue Claire Sourdin : favoriser la réussite, redonner envie d’apprendre, redonner confiance en soi. Et faire en sorte que les jeunes redeviennent maîtres de leur orientation. » De fait, la matière n’est pas le seul élément important. Tant du côté de Namur que de Bruxelles, on considère qu’un bon tutorat repose sur trois axes:

  • La matière - Le tuteur aide l’élève à mettre ses savoirs et ses compétences à niveau, et lui communique une méthode pour pérenniser ce rattrapage.
  • L’estime de soi - Le tuteur contribue à rendre sa confiance en soi à l’élève. C’est un élément important, car la plupart des élèves en difficulté ne s’estiment pas capables de poursuivre leur parcours.
  • L’information - Le tuteur communique son expérience du parcours scolaire et, éventuellement, en études supérieures.

Un tutorat formaté pour le qualifiant

Schola propose à partir de 2016-2017 un tutorat formaté pour les élèves des filières qualifiantes. A la base de cette initiative, un constat : ces élèves s’inscrivaient peu au programme et, lorsqu’ils étaient s’inscrits, ils étaient peu assidus. Schola a donc créé un groupe de réflexion. La question des horaires est rapidement venue sur le tapis: les sessions de tutorat ont lieu du 1er octobre au 15 décembre et du 1er février au 31 mai. Ce n’est pas adapté aux élèves du qualifiant qui ont des stages et des travaux. Des modules plus courts, consacrés à des contenus plus immédiats et plus concrets, semblaient mieux correspondre à leurs besoins. La formule a été affinée au cours d’un projet-pilote mené en 2015-2016 dans 5 écoles-partenaire. « Nous avons créé des sessions de 4 à 5 semaines portant sur des matières ‘marketées', c’est-à-dire avec un contenu et un titre ciblés, explique Claire Sourdin. On ne fait pas de français, mais on suit le module ‘Préparer une présentation’ ou ‘Rédiger son rapport de stage’. Pour les sections tourisme, par exemple, il n’y a pas de session d’anglais, mais des tables de conversation thématiques, comme ’Recevoir un client’, ‘Faire une réservation’… Ça a très bien marché. Les élèves se sont inscrits et leur taux de présence était le même que dans le général. Nous étendons la formule dès septembre 2016. » Le marketage de la matière se fait avec les profs, dont l’implication est davantage requise que dans un tutorat classique. Signalons que ce projet est financé par le Fonds social européen (FSE), dans le cadre de son soutien au développement du qualifiant, ainsi que par la Loterie nationale.

Un guide pour les acteurs locaux

Pour en savoir plus sur le sujet, un ouvrage: « Le tutorat en pratique », publié en février 2015 par la BNP Paribas Fortis Foundation. C’est un guide destiné aux associations et aux institutions qui veulent se lancer dans des projets d’accompagnement scolaire. Il faut dire que le tutorat est un thème important pour la Fondation. D’un côté, elle participe depuis 2011 au financement des deux programmes universitaires cités plus haut, ainsi que de deux programmes flamands. De l’autre, elle confère ses Awards annuels à des projets locaux de soutien éducatif,  parmi lesquels le tutorat occupe une place importante. « De par notre connaissance de tous ces projets, nous savons qu’il n’est pas indispensable de s’adosser à une université pour se lancer dans le tutorat, explique Marc Felis, directeur adjoint de la Fondation. Cela peut se faire à l’initiative d’une école de devoirs ou d’une maison de jeunes. Nous avons donc publié ce guide pratique et concret, pour permettre aux acteurs locaux de se lancer. »

Une synthèse des programmes existants

Le guide « Le tutorat en pratique » a été élaboré en collaboration avec les forces vives des quatre programmes universitaires soutenu par la BNP Paribas Fortis Foundation. Il en fait la synthèse et en tire les bonnes pratiques. Quels profils de tuteurs? Comment les recruter? Quels critères pour les élèves? Combien d’élèves par séance? Quels horaires? Comment organiser un programme? Comment l’évaluer? etc. « Notre guide explique clairement qu’il n’y a pas une seule manière de faire du tutorat, poursuit Marc Felis. Et qu’un programme de tutorat peut être porté par différents type d’acteurs. Nous faisons le point sur la valeur ajoutée d’une telle démarche, mais nous montrons également la diversité des formules valables. »

Ce document peut être téléchargé sur : https://foundation.bnpparibasfortis.be/docs/default-source/Challenges-pdf/guide-tutorat-fr-web.pdf?sfvrsn=2

Crédit photo: Jérôme Hubert pour Schola ULB