La transition numérique et l’école

Bruno Delièvre: « La numérisation est un défi plus pédagogique que technologique »

Bruno Delièvre, professeur de Sciences de l’éducation à l’université de Mons, a ouvert le symposium. Il a été président du groupe de travail « Réussir la transition numérique » du Pacte pour un enseignement d’excellence. Il était donc bien placé pour introduire le thème de cette journée.

 

Qu’est-ce qu’une école dans une société numérique ?

« Si, aujourd’hui, je dois vous parler du numérique, c’est parce qu’il n’est pas suffisamment intégré dans nos enseignements, regrette-t-il. On en fait un truc à part, une chose désincarnée, alors qu’il est complètement intégré à notre vie quotidienne. » Et aussi à l’enseignement, dans toutes les disciplines. « Quand on parle du numérique, on évoque généralement la question des outils, poursuit-il. Moi, je défends un autre discours : dépassons les outils ! Bien sûr, il faut des ordinateurs, il faut internet. Mais si on s’arrête à ça, on ne fait pas grand chose en terme d’éducation. La bonne question, c’est : qu’est-ce qu’une école dans une société numérique ? Car nous sommes au coeur d’une évolution sociétale qui change beaucoup de choses. »

Les quatre changements qui affectent l’Ecole

  • Le rapport au savoir. L’enseignant n’est plus seul à prodiguer le savoir. D’autres sources de savoir sont accessibles via les PC et les tablettes. Pendant le cours. Les élèves peuvent même contrôler les informations dispensées par le prof ou aller chercher des informations complémentaires que le prof ne donne pas.
  • Le rapport aux autres. En facilitant la communication, le numérique améliore la collaboration entre personnes, entre élèves, entre profs, entre profs et élèves… On est passé d’une communication verticale, très hiérarchisée, à une communication horizontale, plus égalitaire.
  • Le rapport au temps. Quel que soit son âge, quel que soit le moment de la journée, n’importe qui peut accéder à l’information, peut créer de l’information et peut la transférer.
  • Le rapport à l’espace. Le dimanche 5 février, Jean-Luc Mélenchon, candidat aux élections présidentielles françaises, tenait simultanément un meeting à Lyon et à Aubervilliers, grâce à son hologramme. « Aujourd’hui, le don d’ubiquité existe, » commente Bruno Delièvre.

Comment l’école se situe-t-elle par rapport à ces changements ? La réponse a été distillée tout au long de l’intervention.

Quelle posture pédagogique l’enseignant doit-il adopter ?

Bruno Delièvre embraye sur les recommandations développées par le groupe de travail consacré à cette thématique dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence : « La question du numérique dans l’enseignement est plus pédagogique que technologique. Cela revient à poser la question suivante : en quoi le recours ponctuel aux technologies numériques change la manière de travailler des élèves et des enseignants ? Autrement dit : quelle posture pédagogique l’enseignant doit-il adopter et comment peut-on l’aider à l’adopter ? » Les réponses à ces questions s’articulent en quatre axes : définir, former, équiper, partager.

Définir : réécrire les référentiels et les projets d’établissement

Actuellement, peu de référentiels intègrent le numérique. Bruno Delièvre en appelle à la concrétisation active des nouveaux référentiels. Objectif : pour chaque discipline, les compétences numériques doivent figurer clairement à côté des autres types de compétences. « Tant que ce n’est pas écrit, ça restera quelque chose de très externe, par rapport à quoi on ne se positionne pas, commente-t-il. Certains de ces référentiels sont actuellement en réécriture. Donc, je pense que c’est le moment de marquer le coup, de définir la manière dont le numérique peut être inséré dans le dispositif éducatif. » Les projets d’établissement sont également concernés. C’est par son projet qu’une école définit et annonce sa manière d’utiliser les technologies numériques.

Former : aller vers les enseignants

Le deuxième axe, c’est la formation des enseignants, tant la formation initiale que la formation continue. Bruno Delièvre : « En ce qui concerne cette dernière, nous pensons que, par rapport au numérique, l’action la plus pertinente est d’accompagner les enseignants dans leur classe. Ne les formons pas en décalage par rapport à leur réalité. Un enseignant voudrait apprendre à utiliser un tableau blanc interactif ? Eh bien permettons-lui de le faire avec un contenu qui est le sien dans un contexte qui est le sien, pour qu’il puisse directement rendre praticable ce qu’il a apprend. Cela demande des moyens particuliers, mais allons vers les enseignants plutôt que les faire sortir de leur classe. »

Equiper : en fonction des projets

Naturellement, chaque école doit être équipée a minima, pour accéder à l’information et aux données. Mais en dehors de ce matériel de base, tout équipement ne devrait être livré à l’école que sur la base de ses projets. « Ça a beaucoup plus de sens que d’équiper sauvagement, sans trop savoir ce que l’école va faire de l’outil. Il faut d’abord définir l’objectif, puis approprier les moyens numériques à cet objectif. »

Partager : intéresser tout le monde

La question du partage est fondamentale. Partager, cela signifie communiquer, faire remonter l’information, faire échanger les enseignants sur leurs bonnes pratiques, afin que celles-ci ne restent pas des initiatives locales. Autre aspect fondamental de cet axe : donner envie, surtout à ceux qui sont moins intéressés. « Il faut passer par une certaine centralisation de l’information, explique Bruno Delièvre. Pour que tout le monde puisse bénéficier des réalisations des autres. Un des atouts du numérique, c’est cette capacité de mettre en échange, de permettre qu’une bonne idée puisse être utilisée par d’autres plutôt que de rester dans un contexte fermé. »

La présentation du Professeur B. Delièvre peut être consultée en cliquant ici