L’enseignement “associé” ou immersion : une variante de l’enseignement en alternance écoles-entreprises

L’extension de l'alternance écoles-entreprises a été largement prônée par les acteurs du Pacte pour un Enseignement d’Excellence. Des projets pilotes d’immersion (une formule intermédiaire entre les stages et l’enseignement en alternance stricto sensu) sont en cours. L’un de ces projets, fruit d’un partenariat entre Audi Brussels, l’Institut Technique Don Bosco de Woluwé Saint-Pierre et Iris Tech+, était au centre d’une visite de travail de professeurs catalans à Bruxelles.

Iris Tech+, le Centre de Référence bruxellois de l’Industrie Technologique a accueilli, ce 19 octobre, une rencontre entre une dizaine d’enseignants catalans et quelques acteurs belges de l’enseignement technique et professionnel.  C’est la Fondation pour l’Enseignement qui a organisé cette rencontre. Cette délégation de professeurs catalans fait actuellement un tour d’Europe. Ce voyage d’étude les amène à découvrir les dernières avancées en matière de formations qualifiantes. La Fondation pour l’enseignement a consacré leur passage en Belgique à une expérience pilote, qui associe depuis 2012 Audi Brussels situé à Forest et deux établissements d’enseignement secondaire, l’institut Don Bosco de Woluwé-Saint-Pierre (IDB) et le Technisch Atheneum de Hal (KTA). Il s’agissait de leur montrer un exemple de la manière dont l’enseignement des métiers est en train d’évoluer en Belgique francophone, parallèlement aux réflexions concernant lenseignement qualifiant du Pacte d’excellence.

Formation associée

Expérience intéressante que cet « enseignement associé », initié à la demande d’Audi Brussels. Lorsque la firme d’Ingolstadt a lancé la production de son modèle A1 à Forest, elle s’est tout de suite inquiétée des compétences des travailleurs et futurs travailleurs chargés de construire les voitures… ou plus exactement de s’occuper des automates qui construisent les voitures. Forte de son expérience allemande en matière de « duale Ausbildung »,  elle a donc cherché à soutenir activement la formation, en s’associant aux filières existantes.  C’est ainsi qu’en 2012 un accord de coopération entre Audi Brussels et les enseignements francophone et flamand a été conclu, et mis en oeuvre avec l’IDB et le KTA.

Concrètement, chaque école a créé au 3e degré (5e et 6e années) une classe de mécaniciens automaticiens bénéficiant de cette formation en immersion (une variante du principe de l’enseignement en alternance, où les élèves passent 2 jours à l’écoles et trois par semaine en entreprise). Lors de leur inscription, les élèves sont informés par l’école des particularités de ce cursus qui offre, au final, le même diplôme que la filière “classique”. Ils passent également un entretien particulier avec les RH d’Audi Brussels, histoire de démarrer la collaboration en toute connaissance de cause. Outre leur formation classique à l’école, ils suivent trois semaines de formation et trois semaines de stage à l’usine de Forest. Cette filière propose également une septième année conduisant au titre de technicien en maintenance. La formation à l’entretien des automates se passe alors dans les installations d’Iris Tech+ (10 semaines) et est assortie d’un stage chez Audi (20 semaines).

Orientation positive

Stéphane Allard, directeur adjoint de l’IDB, a présenté les résultats à une délégation catalane très intéressée. Depuis l’année scolaire 2012-2013, 99 élèves sont entrés dans cette filière. Outre les élèves qui y sont encore, on compte 52 diplômés, parmi lesquels 29 ont été engagés chez Audi et 7 ont décidé de poursuivre des études. 24 ont échoué ou abandonné. Heleen Devriese, qui coordonne l’enseignement associé chez Audi Brussels, a rappelé qu’en Allemagne, les formations associées atteignent un taux de réussite de 99 %…

Sans doute faut-il voir dans ces abandons et dans ces échecs un des effets pervers d’un système éducatif en FWB où l’orientation vers le qualifiant (et encore plus vers le professionnel et l’alternance) est malheureusement encore trop souvent le résultat d’une orientation négative suite à des échecs successifs dans l’enseignement général de transition, instaurant de facto à une forme de relégation. Un système que Dominique Embrechts, chargé de mission à la Direction Relations écoles-monde du travail (Dremt) de la Fédération Wallonie-Bruxelles a présenté de manière détaillée. Ancien enseignant et directeur d’école, il a expliqué les évolutions en cours en matière d’enseignement et de formation en Belgique francophone, évolutions qui devraient amener une multiplication des projets de ce genre. Il a également souligné la nécessité impérieuse de développer l’orientation professionnelle positive, en association avec les entreprises, pourvoyeuses d’emplois et demandeuses de main-d’oeuvre performante.

Olivier Remels, Secrétaire général de la Fondation pour l’Enseignement : “je salue cette expérience positive, qui prend bien en compte les besoins des apprenants par rapport aux spécificités du métier via un dispositif adapté. Le Pacte pour un Enseignement d’Excellence vise notamment à empêcher ce phénomène de relégation vers le qualifiant, en proposant d’associer la filière qualifiante à une réflexion et un choix positif de l’élève, après avoir construit progressivement l’orientation pendant le tronc commun”.