Notre dossier - L’enseignement en alternance de qualité: un momentum à saisir !

« Si vous n’êtes pas capables d’un peu d’ingéniosité, ce n’est pas la peine de vous mêler d’alternance ». Cette maxime de Colette résume les défis et opportunités de l'alternance. Aux décideurs de se saisir du momentum qui leur est offert. La Fondation pour l’Enseignement soutient le développement d’un enseignement en alternance de qualité !

 « Des progrès considérables à poursuivre lors de la nouvelle législature »

Sans fracas et sans faillir, c’est une réforme importante qui a été opérée dans le paysage de l’alternance francophone. Rassembler les opérateurs régionaux et de l’enseignement autour de  pratiques communes est un vieux rêve, déjà tenté en 2008 avec l’adoption d’un accord de coopération, et qui n’aura finalement pu être mis en pratique qu’après sa très large révision en 2014.

Passée sous le radar des Unes, cette réforme a initié un changement profond dans les pratiques de chaque opérateur (formation et enseignement) et ouvert leur champ des possibles.

Tout d’abord, en mettant autour d’une même table, celle du conseil d’administration de l’OFFA (Office Francophone de la Formation en Alternance), les décideurs de chaque bord concerné par l’alternance : les opérateurs de formation, l’enseignement, les représentants patronaux et les syndicats (wallons et bruxellois). Afin de les amener, ensemble, à insuffler des bonnes pratiques communes, dynamiser le paysage (et le recours aux places en entreprises), et mieux accompagner chaque jeune selon ses besoins. Depuis son installation en 2015, ce CA a pris plus de 300 décisions impactant directement le paysage de l’alternance. Phénomène qui déjoue les prévisions des pessimistes, plus de 90% de ces décisions ont été prises à l’unanimité. C’est un fait marquant au regarde de la longue histoire de concurrence et de crispassions entre les opérateurs de formation et d’enseignement.

Du côté des entreprises, un constat également positif : rien qu’entre 2017 et 2018, ce ne sont pas moins de 981 indépendants qui ont accueilli leur premier apprenant en alternance, pour un total de 6.324 entreprises, tous types confondus, qui ont obtenu leur premier agrément.

Une résultante d’une grande clarification de l’alternance par l’adoption d’un contrat commun à tous, et du travail de terrain exercé par les 20 Coaches Sectoriels, qui rencontrent au quotidien de nouvelles entreprises et préparent leur agrément.

En résultent également un Vade-Mecum pour les acteurs de terrain, 18 séances d’information aux acteurs de l’alternance afin de les former aux nouveaux processus, un bilan de compétences commun, des formulaires harmonisés à destination des entreprises et des jeunes,…

 « Des initiatives pilotes à poursuivre et à amplifier »

L’impact indirect le plus prometteur de ce travail commun par des opérateurs a priori concurrents, c’est l’apparition, avec le soutien des Bassins Enseignement-Formation-Emploi, de projets-pilote locaux communs à des centres de formation et des CEFA. Bien qu’aux balbutiements, ces projets-pilote sont porteurs d’innovations intéressantes : partage du matériel de formation, organisation commune des épreuves de fin d’année, jurys communs des épreuves de qualification, … Plus encore, ce nouveau paradigme a permis aux acteurs de l’alternance de se positionner ensemble sur des problématiques communes.

« Explorer l’alternance à plusieurs ? » 

L’une d’entre elles concerne l’impossibilité de recourir à des entreprises accueillantes qui ne peuvent couvrir l’ensemble des unités d’acquis d’apprentissage d’un jeune en alternance. Agréées par métiers, les entreprises doivent pouvoir offrir un panel de pratique professionnelle par métier absolument complet, afin de permettre aux jeunes d’être formés sur l’ensemble du métier. Or, nombreuses sont les entreprises qui se spécialisent dans certaines techniques bien particulières. De plus en plus d’entreprises de couverture, par exemple, se spécialisent en revêtements de toitures plates, et ne posent plus de tuiles. Dès lors, ces entreprises sortent du domaine de l’alternance. Le CEPAG et l’OFFA se sont penchés sur la question, et deux années de travaux ont pu établir un parcours de co-formation, appelé « Co-Train », entre plusieurs entreprises afin d’assurer aux jeunes un parcours de formation métier complet, tout en leur permettant d’acquérir de l’expérience dans ces entreprises spécialisées. Il s’agit également d’élargir l’offre de places en entreprises, et de toucher des entreprises hautement spécialisées susceptibles d’offrir une formation de pointe aux apprenants.

Le bilan de ce projet a été présenté récemment à Bruxelles. A cette occasion, O. Remels, Secrétaire général, y a souligné dans un panel d’experts tout l’intérêt du projet, tout en insistant sur « la nécessaire fluidité à créer entre des contrats successifs le cas échéant, et de continuer à rassembler toutes les conditions en amont pour créer un espace de confiance entre l’école, l’apprenant et la/les entreprise(s), notamment en préparant mieux les jeunes aux interactions en entreprise. Enfin, une connaissance plus fine des entreprises qui ont déjà accueilli des apprenants dans le passé devrait permettre d’affiner le « matching » entre l’offre et les demandes, en capitalisant davantage sur les réponses possibles à des besoins locaux».

Et pour l’avenir ?

Sa Majesté le Roi l’a compris : l’alternance est porteuse d’avenir et de progrès pour la jeunesse. En offrant des moments de rencontre à l’ensemble des parties intéressées (Colloque Royal en mai 2016, visite en Suisse en 2018, Colloque Royal en février 2019), il a initié un nouvel élan auprès des acteurs institutionnels privés et publics. Il importe de s’en saisir avant qu’il ne retombe, et de construire sur cette base une alternance élargie, repensée par métiers, qui méconnaisse les difficultés d’offre de places en entreprise et les concurrences vaines. C’est principalement sur son image qu’il importe d’agir, l’alternance ne peut plus être un outil de relégation d’élèves en difficultés. A l’exemple de l’enseignement spécialisé, qui fait de l’accès à l’alternance un objectif positif pour ses élèves, il faut retourner la situation et reconnaître qu’un élève qui réussit en alternance est un élève qui a su relever des défis importants : évoluer dans un monde d’adulte, s’adapter à l’organisation de travail d’une entreprise, prendre des responsabilités vis-à-vis de lui-même mais aussi des clients, de son/sa tuteur-trice et de son/sa patron-ne.

Réunir rapidement l’ensemble des acteurs sur des engagements concrets en termes de financement, d’offre (d’options comme de places en entreprise), de collaboration inter-opérateurs et d’actions d’orientation positive apparaît comme réaliste. Plus encore, il est nécessaire et possible à présent, de penser l’alternance en terme de filière de qualité dont il faut se saisir pour tout ou partie d’un parcours pensé sur base du métier. Ne reste qu’à se lancer.

Dans son mémorandum 2019-2024, la Fondation pour l’Enseignement formule des recommandations concrètes concernant l’enseignement en alternance.