« S’entreprendre à l’école » : retour sur 5 ans d’activités de la Fondation pour l’Enseignement

L’occasion de faire le point sur les avancées et les défis pour l’avenir, mais aussi de mettre en évidence de bonnes pratiques, notamment au travers des projets auxquels la fondation s’associe. Tous partagent ce constat : il fallait un espace de dialogue pour créer davantage de confiance entre l’école et l’entreprise. Il existe aujourd’hui.

« La Fondation s’est impliquée fortement dans le Pacte d’excellence »

Luc Willame – Président de la Fondation pour l’Enseignement

« Les communautés et les régions doivent collaborer »

Laurent de Briey – Chef de cabinet de Marie-Martine Schyns, Ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles

« L’esprit d’entreprendre au service des plans de pilotage »

Alain Eraly – Professeur de Sociologie, Département des Sciences sociales et Sciences du Travail (ULB)

« Il faut instaurer une relation de confiance entre écoles et entreprises »

Claudio Dondi – Expert éducation – Université de Modène et Reggio Emilia (Unimore), et porte-parole du Projet Cokleeco (Erasmus+)

« Entreprendre, c’est d’abord un plaisir »

Daniel Verougstraete – multi-entrepreneur

Les acteurs de terrain témoignent

1ère table ronde – Entr’apprendre

2ème table ronde – Story-Me

3ème table ronde – Cokleeco : Building Common Knowledge between Education & Company


« La Fondation s’est impliquée fortement dans le Pacte d’excellence »

Luc Willame – Président de la Fondation pour l’Enseignement

Président de la Fondation pour l’Enseignement depuis sa création voici cinq ans, Luc Willame signait ici son dernier discours dans cette fonction, avant de laisser place un mois plus tard  au nouveau Président, Thierry Castagne. Il a surtout évoqué l’importante implication de la Fondation dans la mise en place du Pacte d’excellence. « Nous y avons apporté le regard du monde de l’entreprise et celui des Pouvoirs Organisateurs. Cette implication se concrétise notamment avec le projet Entr’apprendre, l’information sur les métiers et la revalorisation de l’enseignement technique et professionnel. » Luc Willame a rappelé les matières importantes sur lesquelles s’est concentrée la Fondation : l’enseignement des outils technologiques et numériques dès le plus jeune âge, grâce notamment au projet de rentrée numérique EducIT, ainsi que le développement d’une plateforme e-learning pour aider les enseignants à mieux faire connaître aux élèves les métiers. Dans les mois à venir, une priorité sera donnée à l’orientation sur les métiers autour des différents acteurs de l’enseignement et à la mobilisation positive.

Luc Willame a insisté sur l’importance de  montrer aux jeunes les débouchés concrets d’une série de compétences, notamment dans les métiers STEM : Sciences, Technologie, Engeneering et Mathématiques. « Nous accompagnons par ailleurs la réforme actuelle de la gouvernance scolaire avec l’appui des 5 fédérations de PO. Nous constituons une plate-forme d’échange et de mobilisation des compétences pour la gestion du changement en partenariat avec l’ASBL Agir pour l’enseignement. La réforme de la gouvernance est l’une des plus importantes du Pacte : en laissant les écoles plus autonomes, chaque environnement szera pris en compte pour servir l’équité de l’ensemble du monde scolaire. » Il a souligné l’importance du programme de stage Entr’apprendre, qui a déjà touché pas moins de 300 enseignants dans 25 entreprises, et l’importance du projet Cokleeco, destiné à repérer en Europe les meilleurs pratiques de formation qui mobilisent entreprises et écoles. Signalons également le succès de Story-me, projet emmené par 11 associations.

 

« Les communautés et les régions doivent collaborer »

Laurent de Briey – Chef de cabinet de Marie-Martine Schyns, Ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles

Laurent de Briey, chef de cabinet de la Ministre de l’Education, rappelait quelques avancées réalisées dans le domaine de l’enseignement. « Nous avons accompagné le Pacte durant trois ans, soutenu également par les acteurs de l’enseignement et de l’entreprise, dont la Fondation pour l’Enseignement. S’il faut relever le niveau, c’est également en apportant plus de plaisir et de confiance aux étudiants et élèves. La première phase de la mise en oeuvre du plan de pilotage arrive actuellement à terme et un tiers des établissements s’y sont mis. La réussite de ce Pacte est en partie entre les mains du Pouvoir Organisateur. » Laurent de Briey a rappelé que ce Pacte ne s’inscrit pas dans une logique managériale, mais profondément humaniste. « Plutôt que de sanctionner les écoles qui n’atteindraient pas leurs objectifs, l’idée est d’identifier et d’analyser les problèmes et assurer les objectifs qu’ils se donnent. »

« Il faudra par ailleurs tenter d’offrir un apprentissage personnalisé, quelle que soit l’orientation de l’élève. Les formations manuelles, technologies et numériques doivent être mieux mises en avant. » Laurent de Briey rappelle qu’aujourd'hui, 48% des enfants ont au moins doublé une fois à l’âge de quinze ans. L’objectif du Pacte d’excellence est de réduire ce taux de redoublement de moitié d’ici 10 ans pour atteindre le niveau de la Flandre. Le développement d’une filière de transition et d’une revalorisation du qualifiant est par ailleurs très importante. « Dans ce sens, le rôle de Fondation est très particulier : il joue un vrai pont entre le monde de l’entreprise et de l’enseignement. Le nombre d’enfants de 18 à 24 ans qui ne sont ni à l’enseignement, ni en formation ou à l’emploi, est de 15% en Wallonie et de 18% à Bruxelles. Or, 30 000 emplois sont vacants et 55 emplois sont en pénurie. Il faut repenser en profondeur le qualifiant en appliquant l’ouverture au métier, le pilotage, la CPU (certification par unité d’acquis d’apprentissage) et la dynamisation de l’enseignement en alternance. Pour toutes ces réformes, il faut que Régions et Communautés travaillent main dans la main. L’enseignement est confronté à une pénurie de professeurs, d’où l’intérêt de réfléchir, notamment grâce à la Fondation, à aller chercher et former à la pédagogie, des gens de métier en phase de reclassement professionnel.

 

« L’esprit d’entreprendre au service des plans de pilotage »

Alain Eraly – Professeur de Sociologie, Département des Sciences sociales et Sciences du Travail (ULB) :

Admiratif du plan de pilotage, Alain Eraly a rencontré pas moins de 1400 directions d’écoles pour mieux cerner les attentes de l’école. Dans son exposé, il a surtout rappelé les grands principes du plan de pilotage (phases, acteurs,…) en pointant ce chiffre : 2600 établissements et 100 000 enseignants sont concernés. L’esprit d’entreprendre est reconnu comme une compétence transversale du tronc commun. Dans un environnement comme celui de l’école, quatre dimensions recouvrent l’esprit d’entreprendre : la construction d’une nécessité du changement (reconnaître l’évolution de l’environnement, les décalages et les causes, etc.) ; la construction d’une possibilité du changement (champs des possibles, pratiques des possibles, imaginer des scénarios, etc.) ; construire la valeur du changement (clarifier les missions et construire le sens autour du scolaire et de la pédagogie, etc.) et mettre en œuvre le changement (communiquer régulièrement, fixer les priorités, assurer un suivi régulier, évaluer les résultats, tenir la distance, etc.).

« Si tant de décideurs venant d’horizons si différents (entreprise, écoles, etc.) ont trouvé un terrain d’entente pour la réforme, c’est qu’il existe de vraies valeurs à cette réforme. Or, de l’extérieur, ces plans de pilotage sont considérés comme managériaux. » Or, nous pourrions en réalité inverser le raisonnement : le management mainstream ferait bien de s’inspirer des plans de pilotage de l’école. La contribution collégiale à un bien commun implique une réforme telle que celle proposée par le plan de pilotage. Ces questions n’ont pas véritablement été posées dans l’entreprise et causent un malaise. »

 

« Il faut instaurer une relation de confiance entre écoles et entreprises »

Claudio Dondi – Expert éducation – Université de Modène et Reggio Emilia (Unimore)

En évoquant le projet Cokleeco, dont l’objectif est d’identifier les bonnes pratiques et construire des trajets communs, Claudio Dondi assure qu’il est possible d’améliorer l’enseignement en ajoutant des compétences qui ne sont pas forcément mentionnées dans les objectifs premiers de l’école. Parmi ces compétences, citons la collaboration entre écoles et entreprises. « Après avoir cherché de bonnes pratiques, nous avons décidé de nous inspirer des expériences réalisées en entreprises pour les transposer à l’école. Pour développer ce pont entre entreprises et écoles, il faut développer une politique publique et une coopération institutionnelle entre acteurs (associations, fondations, etc.) et gens de terrains. Il existe déjà des partenariats de longue durée mais il y a encore deux problèmes : passer de pratiques isolées à une approche systémique et se baser sur une relation de confiance.

Durant la matinée du jeudi 28 mars, soit juste avant la session académique, un groupe de travail a été instauré. Cinq questions ont été posées, dont notamment : comment faire connaître les bonnes pratiques à tout le monde ? Claudio Dondi a participé en partie à cette matinée. « Nous avons discuté de la création d’une plateforme, sorte de hub, pour mettre en relation les idées. Il faut par ailleurs intégrer des bonnes pratiques où les gens se rencontrent déjà, notamment sur les plateformes digitales. Une autre question était : comment assurer la durabilité des résultats ? Une des réponses données est de créer des projets spin-off et que les entreprises parlent de la dimension éducative. Il faut par ailleurs être exposé à de nouvelles idées, créer des réseaux et trouver des partenaires fiables. Parmi les idées suggérées dans ce groupe de travail, citons notamment l’intégration des petites et moyennes entreprises et l’intégration dans les entreprises des jeunes entre 16 et 17 ans. Il faut intégrer la mentalité dans la pratique routinière de l’école. »

 

« Entreprendre, c’est d’abord un plaisir »

Daniel Verougstraete – multi-entrepreneur

Gestionnaire de plusieurs entreprises au cours de sa carrière (domaine des ressources humaines, logistique, transports et même sur l’éducation,…), Daniel Verougstraete a souvent témoigné dans des écoles. Il a tenu à mettre en avant le plaisir et l’importance de se mettre en mouvement. « L’entrepreneuriat, c’est agir par rapport à une opportunité pour la transformer en valeur. Je suis papa de 4 enfants, j’essaye de leur apprendre qu’il faut mettre cette énergie au service de la société. Je voudrais partager 3 réflexions. Premièrement : pour être entrepreneur, il faut pouvoir voir au-delà des hauts et des bas pour comprendre qu’on peut dépasser des obstacles. Deuxièmement : ceux qui n’ont pas de haut et de bas sont morts. Troisièmement : il faut véhiculer de l’enthousiasme. Si chacun se sent co-entrepreneur dans une entreprise, l’équipe est beaucoup plus forte. Les enseignants doivent se sentir co-entrepreneur. Un jeune doit sentir une bonne raison de se lancer dans l’entrepreneuriat. Plus riche est le processus de création, plus grande est la joie.

 

Acteurs de terrain : témoignages

1ère table ronde – Entr’apprendre

Monsieur Dominique Esposito, Project Manager Carmeuse: En tant qu’ingénieur dans une entreprise, j’ai pris un grand plaisir à accueillir des professeurs. D’une certaine manière, ils m’ont un jour transmis leurs savoirs, c’est un juste retour des choses. L’expérience d’Entr’apprendre nous a grandi : moi, jeunes et enseignants. L’implication du corps enseignant peut être compliquée en raison du fait qu’il faut que les écoles puissent les libérer pour un stage avec Entr’apprendre. D’un autre côté, il m’apparaît que l’entreprise et les gens de métier doivent, et gagneraient à  s’immerger davantage dans les écoles.

Monsieur S. Delvosal, enseignant en sciences appliquées à l’institut Saint-Vincent de Paul : l’obstacle pour un enseignant qui participe à Entr’apprendre, ce sont les heures prises sur le boulot. Le programme Entr’apprendre pourrait également se rapprocher encore des enseignants, avec, notamment, un descriptif plus précis des stages.

Je serais heureux que des enseignants puissent par ailleurs devenir de véritables ambassadeurs d’Entr’apprendre.

 

2ème table ronde – Story-Me

S’impliquer dans Story-me, pour un professeur, c’est débloquer 3 à 4 heures. Il faut donner un maximum d’informations aux enseignants et faire de la communication auprès des élèves.

Cette année, la direction a été plus convaincue que l’année dernière et nous avons obtenu un grand soutien.

Les trois modules par an de Story-me ont vraiment appris aux élèves à se connaître. Les élèves réagissent beaucoup car il y a un vrai projet derrière.

Nous sommes dans la première vague du plan de pilotage. Story-me rentre clairement dans les objectifs de notre plan de pilotage. Ce rôle est encore plus important au regard du taux d’absentéisme et du décrochage dans l’enseignement qualifiant.

Laurence Thiry Professeur en sciences économiques et coordinatrice du projet Story-me à l’Institut Saint-Vincent de Paul

Ingrid Guilmaire – professeur de sciences économiques et sociales et coordinatrice du projet Story-me à l’Athénée Royale de Woluwe-Saint-Lambert :

Laurence Lievens, directrice Step2you : la valeur ajoutée de Story-me est l’aspect systémique. Avant, nous travaillions de façon individuelle, avec certains enseignants et certaines écoles. Aujourd’hui, c’est plus global.

Thierry Villers, directeur des Jeunes Entreprises (LJE) : la notion de parcours est très importante. Dans Story-me, tout est fait de manière collaborative, entre fondations, écoles et organisations. On travaille sur 4 ans. J’ai beaucoup d’espoirs alors que nous ne sommes qu’à la 2ème année.

 

3ème table ronde – Cokleeco : Building Common Knowledge between Education & Company

Ramon  Sanmiquel Pérez, enseignant et représentant de la Catalogne dans le projet: je donne un cours spécifique d’entrepreneuriat. Tous les étudiants suivent un cours de deux heures par jour. En école secondaire, on enseigne déjà l’entrepreneuriat mais pas systématiquement.

Stéphanie Mazy : elle a participé au projet Cokleeco à Grenoble et développé avec d’autres collègues le projet « job vision contest ». « Il s’agit d’un concours destiné aux étudiants qui impliquera au moins trois régions : la France, la Belgique et une troisième région encore à trouver ! Il prévoit une mobilité des enseignants et un apprentissage de soft skills des enseignants pour travailler en équipe. Les élèves doivent réaliser des capsules vidéo qui présentent des métiers en pénurie. Ces capsules sont cotées par les autres élèves participants et un jury représentant des entreprises. »

Auriane Henry, enseignante à Don Bosco Tomberg : elle a participé avec deux autres collègues, dont une enseignante belge d’une autre école professionnelle, sur un projet impliquant le rôle des élèves dans l’entreprise. « Nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’élèves ne connaissent pas le monde de l’entreprise et qu’il existe par ailleurs de nombreuses associations de soutien. Nous avons décidé de créer « Pieter », au cours duquel nous donnons aux élèves un rôle (CEO, RH, Employé, etc.) avec des problèmes qu’ils rencontreraient au sein d’une entreprise réelle. Nous avons des partenariats en discussion actuellement, pour nous aider à recruter des entreprises pouvant témoigner. Nous testerons le projet en mai prochain dans nos classes. »

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