Table ronde « L’orientation tout au long de la vie, ça commence à l’école », le 09.11.2021

Les acteurs se parlent des bonnes pratiques, avec l’ambition de mieux articuler et coordonner leurs interventions au bénéfice des élèves ... Un échange riche et constructif, abordant notamment l’information sur les métiers et les STEM en soutien de l’orientation positive.

En association avec Worldskills Belgium, dans le cadre des Statech’s Days, la Fondation pour l’Enseignement organisait le mardi 9 novembre dernier, à Ciney, une table ronde intitulée « L’orientation tout au long de la vie, ça commence à l’école », devant une salle comble. Cette table ronde se déroulait à deux semaines des « Assises de l’Orientation » en Fédération Wallonie-Bruxelles, coup d’envoi de l’éducation orientante (l’approche éducative de l’orientation) insufflée dans le Pacte pour un Enseignement d’Excellence.

L’orientation positive est un des chevaux de bataille de la Fondation pour l’enseignement. Elle y travaille depuis 2 ans, avec un groupe de travail d’acteurs et de spécialistes issus des fédérations de pouvoirs organisateurs, des entreprises et de diverses institutions et associations. En point de mire : des propositions concrètes pour aider les professionnels de l’école à s’approprier cet enjeu, et des projets de terrain pour les incarner.

Les acteurs réunis dans cette table ronde pour l’occasion (voir les intervenants ci-après) estiment nécessaire d’exposer davantage les élèves du tronc commun aux différents métiers (entre autres STEM) et possibilités de carrière. Objectif : donner du sens, susciter des vocations et faire en sorte qu’un cursus, notamment dans les filières qualifiantes, relève d’un choix positif et non d’une relégation suite à une série d’échecs dans le parcours scolaire.

Les PRINCIPAUX ENSEIGNEMENTS tirés de la table ronde

  • L’orientation devra être intégrée aux matières/disciplines, et celles-ci reliées aux différents métiers, ce qui aura l’avantage de les rendre plus concrètes et donc plus accessibles à toutes les formes d’intelligences.
  • Les entreprises doivent davantage s’ouvrir à des interactions avec l’école, afin de favoriser l’orientation in situ dès le plus jeune âge.
  • L’orientation est un métier auquel les enseignants devront être formés, ne fut-ce que pour affiner leurs représentations personnelles des métiers et des filières qui y mènent.
  • Dans leur tâche d’orientation, les enseignants pourront s’appuyer sur des structures professionnelles, comme les Cités des métiers ou le Forem, outre la collaboration étroite avec les Centres Psycho Médico Sociaux (CPMS) et les centres de compétences.
  • L’École ne doit pas se limiter à améliorer sa connaissance des métiers, mais doit passer à une « culture des métiers », afin de mettre un terme à celle de la relégation.
  • L’orientation positive va étroitement de pair avec la nécessité d’entretenir la confiance en soi de l’élève. Il faut pouvoir construire sur l’échec aussi, comme des moments-clés d’orientation, mais abordés de manière positive.
  • La dimension de plaisir doit être particulièrement associée à la découverte des métiers.
  • Il convient à présent de mettre un terme à la dispersion des actions, des moyens et des expériences au profit d’une stratégie globale coordonnée.
  • La sensibilisation aux métiers et l’approche orientante devraient commencer bien plus tôt qu’actuellement dans le parcours scolaire. C’est prévu dans le Pacte.
  • Il est important de combattre les représentations des métiers au niveau de la société en général et des parents en particulier.

 

TABLE RONDE : LIENS VERS LES PRINCIPAUX ECHANGES


STEM : surtout des garçons pour lesquels le poids des variables socio démographiques et le sentiment vis-à-vis de l’effort scolaire et des sciences sont déterminants...

Les échanges ont été introduits par la présentation d’une étude récente menée par le Forem et l’Université catholique de Louvain (UCL) sur Les déterminants de l’attrait pour les études et les métiers scientifiques et techniques chez les 12-15 ans. Concrètement, le but de cette étude est de comprendre pourquoi les jeunes sont si peu nombreux à aller vers les métiers STEM (science, technology, engineering, mathematics). Ce qui revient à identifier les éléments qui ont été déterminants chez ceux qui ont choisi un de ces métiers.

L’étude montre que, de manière générale, ce sont davantage les garçons qui se dirigent vers des métiers STEM, tant manuels qu’intellectuels. Lorsqu’on examine ensuite les caractéristiques des jeunes ayant choisi un métier STEM manuel, les autres critères sont le plus faible investissement scolaire, le sentiment de compétences insuffisantes en math-sciences et, malgré cela, une vision positive des sciences. Ce qui caractérise les jeunes qui ont choisi un métier STEM intellectuel, c’est qu’ils ont plus souvent des parents qui ont fait des études supérieures, qu’ils s’estiment forts en math-sciences, qu’ils ont une vision positive des sciences et… qu’ils sont influencés dans ce sens par leur entourage. L’étude pointe également que les variables socio démographiques (genre, filière d’enseignement, niveau d’études des parents...) ont un poids largement supérieur aux variables liées aux attitudes. Les représentations à déconstruire ne manquent pas...

Pour une stratégie globale et articulée

« Par rapport à ces résultats, nous avons suggéré un certain nombre de recommandations, poursuit Paul De Sacco, expert en relation partenariale du Forem. Sur la question du genre, des études montrent que les jeunes filles plébiscitent davantage les fonctions qui leur permettent d’agir sur la société. Donc, si on veut davantage les inciter à aller vers les métiers STEM, il faut leur montrer la contribution sociétale de ces métiers-là. Il serait utile d’organiser des rencontres avec des professionnels qui mettent cette contribution sociétale en valeur. Il est souhaitable que les entreprises puissent également promouvoir et valoriser davantage le travail collectif et la coopération. »

D’autres recommandations portent sur la valorisation des compétences STEM à l’école, sur les représentations des métiers STEM dans le chef des parents et sur la nécessité de pratiquer une orientation continue pendant toute la scolarité.

« Ce qui nous a semblé vraiment important », conclut Paul De Sacco, « c’est que pour améliorer l’orientation vers les études et les métiers STEM, il faudra définir une stratégie articulée. Agir sur un des points de manière isolée ne servira pas à grand-chose pour avoir un impact réel sur la perception des métiers STEM par les jeunes ».

Le Forem, service public de l’emploi, acteurs et partenaire

Paul De Sacco rappelle que l’orientation est un dossier prioritaire pour le Forem, qui participe activement au déploiement du dispositif « Orientation tout au long de la vie ». Au sein des Cefo et demain des Cités des métiers, il se profile depuis plusieurs années comme un partenaire de l’enseignement notamment par rapport à des projets concrets comme les « Métiers vont à l’école » au sein de Cefo, activité qui en 4 ans a concerné près de 47 000 élèves. Il est aussi partenaire des entreprises en matière d’orientation et participe activement au plan STEAM dans le cadre du PRW. Enfin, un rôle important mais méconnu est le partage d’informations, le transfert de connaissances et la réalisation d’études, disponibles sur le site du Forem.

Les entreprises prêtes à s’impliquer dans l’orientation aux côtés de l’école

Pour Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l’Union wallonne des entreprises, le défi que représente la mise en place de l’orientation positive est à la hauteur du constat « aberrant » qu’il déplore : « Il y a en Wallonie 36 000 emplois vacants et 126 métiers en pénurie. Des chiffres qui ne font qu’augmenter. Et sur les dix filières d’enseignement les plus fréquentées, seules trois mènent à des métiers en pénurie… ». Pour lui, l’orientation positive est trop peu pratiquée dans l’enseignement, et il est urgent d’y remédier, entre autres pour que les filières qualifiantes ne soient plus des filière de relégation, mais des filières d’excellence.

Marquant une certaine crispation par rapport à cette situation et par rapport à la dispersion des moyens publics en la matière, il pointe aussi l’absence de volonté de beaucoup d’enseignants de pratiquer l’orientation et l’information sur les métiers, probablement en raison de leur perception du monde de l’entreprise. Pour y remédier, et créer un terrain favorable, il en appelle à une collaboration plus étroite entre l’École et l’Entreprise.

« L’Entreprise peut jouer un rôle plus important qu’elle ne le fait aujourd’hui », poursuit-il. « D’une part, cela implique pour l’entreprise de se déplacer dans l’école. Il existe de nombreuses initiatives à ce niveau. Je préside l’asbl 100 000 entrepreneurs dont les membres sont prêts à aller dans les classes pour expliquer les métiers, les carrières et communiquer le goût d’entreprendre. Mais entrer dans l’École, c’est difficile… D’autre part, cela implique d’amener et les profs et les élèves dans les entreprises. Et là, l’Entreprise aussi a sa part de responsabilité pour mieux accueillir les stages et les journées blanches. Elle a tendance aujourd’hui à n’intervenir qu’en accueillant les stages de fin de cursus, dans une optique de recrutement. Mais elle a aussi un rôle sociétal à jouer dans l’orientation in situ, dès le plus jeune âge. »

Et de conclure : « Aujourd’hui, les jeunes veulent du sens dans leurs études. Ils veulent comprendre à quoi sert ce qu’on leur fait apprendre. Et il faut l’appliquer. Dans toute l’Europe, y compris en Flandre, chaque matière est appliquée à un métier. Par exemple, la trigonométrie au carrelage. En Wallonie, il n’y a qu’une école pilote qui le fait. Ça fait 10 ans que nous le demandons. Il faut passer à l’action ! »

Centres PMS : combattre les représentations

Autres acteurs importants de l’orientation : les centres psycho-médico-sociaux (PMS). Du moins actuellement, car les nouvelles dispositions en matière d’information sur les métiers devraient déboucher sur un transfert de ces compétences vers d’autres acteurs plus spécifiquement. Néanmoins, les CPMS resteront un acteur-clé de l’orientation, aux côtés des enseignants. Actuellement, au cours de l’enseignement secondaire, tout élève a plusieurs rendez-vous d’orientation au centre PMS, toujours dans le cadre d’activités collectives, qui peuvent, le cas échéant, déboucher sur un entretien avec un psychologue et une discussion avec les parents.

Marie-France Boileau, conseillère à la direction générale du Pilotage des affaires pédagogiques de Wallonie-Bruxelles Enseignement : « En 2e année, il s’agit de permettre à l’élève de découvrir ses goûts, ses valeurs, et de confronter ses représentations des métiers (généralement héritées de son milieu familial) avec la réalité. En 4e année, l’objectif est de permettre à l’élève de découvrir les filières d’enseignement et les métiers auxquels elles conduisent. Et en 6ème, on envisage les suites à donner à la scolarité. »

Marie-France Boileau insiste sur la nécessité de « rectifier les représentations que chaque intervenant peut avoir des filières et des métiers, que ce soit l’élève, ses parents, ses professeurs et même ses conseillers d’orientation. D’où la nécessité de développer une stratégie d’orientation concertée, pour que tous les intervenants agissent dans la même direction ».

Dans cette perspective, elle se réjouit du rôle accru que les enseignants devront jouer dans l’orientation : « Le professeur doit être bien informé de la réalité des métiers, car son rôle ne peut pas se limiter à constater la bonne évolution des apprentissages. Il doit aussi valoriser certaines situations d’échec. Celles-ci gagneraient à être investies comme des opportunités de s’interroger avec l’élève sur ses choix et son parcours. »

Dès lors, que faire pour étendre la culture « métiers » des enseignants ? Il existe de nombreuses formations. Il existe également des possibilités de s’immerger en entreprise, comme les stages Entr’apprendre de la Fondation pour l’enseignement, qu’il serait sans doute judicieux d’étendre et d’adapter à tous les enseignants du tronc commun avec une formule adaptée à ce défi de l’orientation pendant le tronc commun...

« Approche orientante » : tous les cours sont concernés

Voilà plus de 10 ans que Valérie Baesch, inspectrice coordinatrice Enseignement de la province de Liège, travaille sur l’orientation positive. C’est dans le cadre de cette réflexion qu'avec ses collègues, elle a créé le « Techni-Truck », un camion débordant d’animations, dont l’objectif est de présenter des métiers et leurs filières aux élèves sortant du primaire. Une expérience encourageante qui a ensuite été transposée aux élèves sortant du secondaire, sous le dôme de la « Technosphère ».

« Faire des animations dynamiques, c’est très sympa ; cela plaît aux élèves, cela plaît parfois aux profs, mais notre impression, c’est que nous ne pouvons pas nous arrêter là », explique Valérie Baesch. « Pour engendrer un véritable processus de sensibilisation aux métiers STEM, il faut agir à travers l’ensemble des cours. C’est ainsi que dans la Technosphère, à côté des animations, nous proposons aux enseignants une boîte à outils de sensibilisation aux métiers STEM, utilisable dans le cadre de tous les cours de l’enseignement secondaire, y compris le cours de français, par exemple. Et pour prolonger cette initiative, nous avons développé des manuels d’approche orientante avec l’université de Mons, des manuels à l’attention des professeurs de français, d’histoire et de math. »

Forte de ce bagage, Valerie Baesch est évidemment favorable au futur rôle orientant du tronc commun. « Cependant, pour pouvoir faire de la sensibilisation aux métiers dont les STEM, les enseignants ne pourront pas faire fi de la connaissance de ces métiers », poursuit-elle. « Car il faut que cette découverte polytechnique devienne vraiment culturelle. Voyez les parents qui doivent amener leur enfant dans l’enseignement qualifiant : ils n’arrivent pas souvent en disant que ça va être chouette ! Il y a toute une culture de relégation que nous devons combattre pour montrer qu’on peut avoir un enseignement qualifiant d’excellence.»

Réunir et coordonner les acteurs

Michel Gérard, responsable du secteur Bois et Construction au Fesec-Segec (Fédération de l’Enseignement Secondaire Catholique), attend beaucoup de la mise en place de l’orientation positive dans le tronc commun. « Nous avons un grand espoir en ce dispositif, poursuit-il. Mais il faut que les enseignants soient formés à l’orientation vers ces différents métiers par la découvertes des matières, des gestes, mais aussi des intelligences, des sensibilités. Pour les soutenir, beaucoup d’acteurs interviennent pour proposer des animations dans les écoles. Mais à mon sens, il faudrait que ces acteurs se réunissent pour proposer un un parcours visant plusieurs disciplines/secteurs, et non pas, comme actuellement, chacun une action ponctuelle ciblée. »

Il voit aussi un obstacle de taille à l’orientation positive des élèves : « Travailler sur la connaissance des métiers avec les jeunes, je pense que ce ne sera pas difficile. Mais avec les parents, ce sera une gageure. Là, il y a vraiment quelque chose à faire, mais ensemble, pas chacun dans son coin. Il faut aussi agir efficacement vers la société en général. Je sais que le secteur de la construction par exemple développe actuellement une action dans ce sens. Mais il faut aller au-delà d’une approche sectorielle. Tous les secteurs doivent agir ensemble. Il est temps ! »

Autre constat d’expérience, la nécessité d’agir très tôt dans la scolarité. Actuellement, c’est souvent à l’entame du parcours qualifiant que l’on expose l’élève à différentes filières de formation. C’est dans cette perspective que la 3e année « polyvalente » a récemment été mise en place, pour pallier le manque d’orientation au cours des années précédentes. « Il s’agit de déceler chez l’élève, de l’intérêt, des aptitudes et habiletés utiles à l’exercice d’un métier », poursuit Michel Gérard. « Pour faciliter cette orientation, il y a dans ce dispositif, un module basé entre autres sur l’éducation au choix, ce qui implique également un renoncement. Mais je plaide vraiment pour que ce type d’activités se fasse bien plus tôt dans la scolarité du jeune, pour mieux nourrir la réflexion qui doit l’amener à faire ces choix importants. »

Notons au passage que dans le futur tronc commun, à l’issue d’un parcours d’éducation orientante jusqu’en fin de 3e année secondaire, débutera un éventuel parcours qualifiant.

Story-me : un exemple de projet structurant pour l’orientation positive

Laurence Lievens, directrice de Step2You, a présenté le projet Story-me. C’est un projet d’orientation structuré et ambitieux, actuellement en cours en région bruxelloise, dans 12 écoles secondaires dotées d’un premier degré (1ère et 2e années) du Secondaire et d’un enseignement qualifiant à partir de la 3e année, visant à soutenir maintenant les élèves qui ne bénéficieront pas encore d’une éducation orientante pendant le tronc commun.

En effet les premiers élèves qui auront bénéficié des nouveaux référentiels (dont l’orientation fera partie intégrante) dans leur parcours ne sortiront du tronc commun qu’en 2029. Le projet Story-me vise à développer plusieurs compétences transversales (connaissance de soi, confiance en soi, connaissance du monde professionnel, mise en projet) au travers d’un parcours d’activités articulées mis en place dans les classes. Le projet, qui rassemble toutes les catégories d’acteurs-clés, est une chambre d’expérimentation et d’apprentissage pour de futurs projets structurants en soutien de l’éducation orientante dans les écoles.

Ce projet s’installe pour trois ans dans chaque école, intégré au plan de pilotage, en veillant en priorité la formation et l’accompagnement des enseignants, afin d’installer durablement ses bonnes pratiques dans les écoles. Le pari de Story-Me est de soutenir l’orientation positive à un moment charnière (N.B : le Pacte vise à le faire tout au long du tronc commun), mais aussi de prévenir le décrochage scolaire, auquel les élèves des milieux socio-économiques moins favorisés, prédominants dans l’enseignement qualifiant, sont plus fortement exposés.

Le projet se déroule sur deux années scolaires, la 2e et la 3e secondaires, et touche plus de 1300 jeunes en 2021-2022. Années au cours desquelles les élèves répertorient pour eux-mêmes dans un cahier personnel leurs expériences et les enseignements qu’ils en tirent.

En 2e année, des animations en classe permettent aux élèves de découvrir et d’expérimenter de nombreux métiers, y compris en dehors des options proposées par leur école, afin de susciter chez eux l’envie d’en savoir plus. Des activités inspirantes sont organisées, comme la participation aux Startech’s Days ces 08 et 09 novembre derniers.

En 3e année, il s’agit d’inciter les jeunes à réfléchir à qui ils sont, à leurs forces, à leurs goûts, mais aussi de leur (re)donner confiance en eux… Des animations leur permettent de découvrir des métiers, par exemple sur la base de témoignages. En découle ensuite une mise en projet axée sur leur projet d’orientation personnel, qui clôture le projet.

« La première spécificité de Story-me, c’est l’intelligence collective. Le programme est en effet construit et opérationnalisé par huit associations aux expertises complémentaires, dont Step2You, et soutenu par six acteurs philanthropiques.. « Ces associations travaillent depuis longtemps avec les écoles », explique Laurence Lievens. « Cette co-construction n’est pas pour autant une addition d’acteurs, c’est bien plus systémique que ça. La deuxième spécificité, c’est que parallèlement aux activités mises en place en classe pour les élèves, il y a une formation des enseignants avec lesquels nous travaillons la posture à adopter pour accompagner les élèves dans l’orientation. Et la troisième spécificité, c’est que Story-me est un projet d’école (identifié comme un levier dans le plan de pilotage), pas d’une seule classe ou d’un seul enseignant. C’est l’école qui se met en mouvement autour de l’orientation sur certaines de ses filières.»

Un des enjeux fondamentauxest de permettre au jeune de s’abstraire des représentations de ses milieux familial et socioéconomique pour créer une ouverture à ses envies et à sa curiosité. « Quels sont les messages que la société véhicule vers ces jeunes de 12-13 ans souvent blessés par l’École qui n’a pas su valoriser leurs habiletés », poursuit Laurence Lievens ? « Comment se projettent-ils ? Comment parviennent-ils à avoir envie ? Est-ce que notre société donne envie aux jeunes d’avoir des projets de vie ? Est-ce qu’on leur permet d’avoir confiance en l’avenir ? Est-ce que nous-mêmes avons confiance en l’avenir, en nous, en eux ? Je pense qu’il y a un gros souci de confiance. »

Les Cités des métiers, en appui à l’enseignement

Olivier Marchal, directeur de la Cité des métiers de Charleroi, commence par retracer l’historique de l’orientation scolaire en Belgique francophone, pour en arriver à ce qu’il présente comme un cul-de-sac : « Nous avons de l’orientation en silos, avec des orienteurs qui orientent par âge, avec des logiques de réseaux, des logiques de flux, parce que c’est comme ça que le système est financé. Et donc, les jeunes, qui en plus sont fragiles et influençables (positivement comme négativement), sont devenus au fil du temps les objets de l’orientation plutôt que les sujets de leur orientation. » Un constat sans appel.

C’est dans ce contexte en demi-teinte qu’il place la création des Cités des métiers en tant qu’opérateurs d’une alternative positive au système actuellement en vigueur, entre-autres grâce aux équipes de conseillers en orientation à la disposition des élèves. « Et tout ça en dehors du cadre scolaire dans lequel le jeune est plus ou moins enchâssé par tous les déterminants que nous connaissons. Ce sont quatre lieux en dehors du temps – Bruxelles, Liège, Charleroi et Namur – neuf centres locaux associés, sur lesquels l’enseignement va pouvoir s’appuyer. » En plus de ces lieux physiques, les élèves peuvent se connecter à la plateforme « miti.be » et chatter avec un des 130 conseillers, un échange qui peut déboucher sur un entretien d’orientation en visioconférence.

Olivier Marchal présente les Cités des métiers comme la structure institutionnelle qui soutiendra le volet orientation du Pacte d’excellence : « Ce qui est important, c’est de définir comment le monde scolaire va pouvoir s’appuyer sur les Cités des métiers pour aiguiller et alimenter les profs. Car ceux-ci sont d’abord des enseignants et pas des orienteurs. Très souvent, lorsqu’ils orientent, ils le font avec des représentations, des présupposés, ce qui est tout à fait légitime quand on n’est pas compétent dans l’orientation. Mais on ne peut pas être compétent en tout. »

Les centres de compétences : allier découverte et plaisir

Autre exemple d’exposition aux métiers et aux STEM : les ateliers organisés par les centres de compétences. Ainsi, les « Technikids » et « Techniteens », du centre de compétence liégeois Technifutur, dont Thierry Castagne est administrateur délégué, en plus d’autres responsabilités complémentaires dont la présidence de la Fondation pour l’Enseignement depuis 2019.

Soutenu depuis toujours par le secteur de l’industrie technologique (Agoria et partenaires sociaux), les Technikids et Techniteens existent depuis 22 ans et peuvent s’enorgueillir d’avoir établi une relation durable et de confiance avec les 139 écoles qui les ont inscrits à leur programme depuis de longues années. Cette activité s’adresse aux élèves de 5e et 6e primaire ainsi que de 1ère et 2e secondaire, pour toucher annuellement entre 5.000 et 7.000 jeunes. Ces ateliers sont axés sur les métiers de l’industrie et du numérique. Ils sont mobilisables pour les écoles dans leurs efforts de soutien à l’orientation, et d’ailleurs largement utilisés à cette fin.

« Nous allions activité pédagogique avec approche ludique, mise en pratique et coopération (très important !) », explique Thierry Castagne. « Et ils s’amusent ! La 1ère partie de la journée, c’est une activité numérique : ils doivent construire un petit robot et le programmer ensemble ; et à la fin de la matinée, ils doivent faire effectuer un parcours au robot, avec la nécessité de se coordonner en équipes. Puis, pour l’autre partie de la journée, les groupes passent à une activité industrielle, autour du tournage, du soudage, de l’usinage, de l’électromécanique, en réalisant une petite mascotte, avec de l’impression 3D ainsi qu’en usinant un cylindre métallique. Ils ont pris du plaisir, et ils ont appliqué des apprentissages liés e.a. aux math et à la physique. L’activité se termine par une visite de Technifutur, avec la découverte des technologies « en vrai » et des métiers en lien avec la sensibilisation qu’ils ont vécue. »

Pour que l’activité entre dans la réflexion de l’élève sur son orientation, il est évidemment essentiel de dépasser le stade de l’activité-plaisir, aussi innovante soit-elle. « Les trois acteurs qui ont le plus grand impact au niveau de l’orientation,, ce sont les enseignants, les parents et les copains-copines, tous susceptibles de véhiculer une série de représentations positives ou négatives. Et donc, à nos ateliers Technikids et Techniteens, lors des activités durant nos stages de vacances scolaires, nous associons une activité Techniparents. Les élèves expliquent à leurs parents ce qu’ils ont vécu. C’est important. De même que l’implication de l’enseignant. Impliquer les parents et les enseignants dans ces processus d’éducation orientante, c’est fondamental, sinon, c’est simplement une journée d’excursion quelque part à l’extérieur de l’école. »